Mario Telò est professeur à la LUISS et l’ULB, Président émérite IEE-ULB. Il est membre de l’académie Royale de Belgique. 


 Le professeur Jean-Louis Quermonne

Professeur de sciences politiques à Grenoble et à l’Institut d’études politiques de Paris, Jean-Louis Quermonne est mort le 17 janvier 2021, à l’âge de 93 ans. Il était né à Caen en 1927 et ses souvenirs des souffrances et destructions de la guerre en Normandie sont à l’origine de ses convictions européennes profondes.

Juriste et politologue, il a été le premier président de l’Université Grenoble, membre fondateur du laboratoire d’idées « Notre Europe » créé par Jacques Delors en 1996, Président de l’Association française de science politique (AFSP) de 1995 à 2000 ainsi que Président d’honneur de l’Association française des constitutionnalistes. 

Il a enseigné aux universités d’Alger, de Tunis, de Rabat, de New York, de Laval (Canada), de Genève, de Lausanne, ainsi qu’au Collège d’Europe (Bruges). Depuis 1994, il a tenu régulièrement des conférences et séminaires à Bruxelles, à l’IEE de l’ULB, notamment dans le cadre de la nouvelle École doctorale en études européennes de l’ULB fondée en 2000, où il s’alternait à des personnalités comme J.H.H.Weiler, Ph.Schmitter, B.De Giovanni,R.O.Keohane, B.Badie, W.Wallace et d’autres éminents spécialistes.

Un ami de l’IEE et de l’ULB

Tout en éprouvant une énorme tristesse pour le décès d’un ami fidèle, d’un grand intellectuel caractérisé par une rare humanité et douceur, dépourvu de toute arrogance, toujours à l’écoute, toujours ouvert au dialogue, nous aimerions souligner qu’il a fortement encouragé, soutenu et défendu internationalement les recherches des politologues de l’ULB et leur ouverture à la collaboration interdisciplinaire notamment avec les juristes,  encourageant en particulier celle qu’il a publiquement appelée en 2000 – à l’occasion des cycles des conférences qui ont donné naissance à notre École doctorale- «l’École de Bruxelles en études européennes ».  Jean-Louis Quermonne exprimait son appui généreux surtout à la démarche innovatrice qui nous était commune : concilier l’étude rigoureuse de l’UE, de son système politique, de ses contradictions, avec un engagement citoyen pour l’avancement l’Union politique. Il s’agissait tout d’abord, selon lui, de faire de l’IEE de Bruxelles, au carrefour de l’Europe et proche de plusieurs institutions de l’UE, le centre d’innovation théorique des études européennes, un centre de relance des études européennes, entre les approches souvent trop normatives de l’Europe latine et les plus froides méthodologies comparées anglo-saxons.

Son engagement, qu’il vivait surtout à Paris, à Sciences po et à la Fondation « Notre Europe »,  s’exprimait, d’un côté,  par une approche braudelienne, permettant de relativiser « sur le temps long » les échecs de l’UE dans sa quête de légitimité,  comme celui de la Constitution européenne en 2005 ;  et, de l’autre,  par ses innovations conceptuelles  au niveau de la conception du modèle de construction européenne au-delà des clivages du passé : son idée d’une « Fédération des États nations »,  qui a influencé Jacques Delors et nombreux chercheurs en plusieurs pays européens.

Nous gardons très vifs, avec un sentiment de dette intellectuelle, les souvenirs de ses conférences et séminaires à Bruxelles, les multiples profonds échanges épistolaires style XIX dont il nous a honorés, sa culture exceptionnelle ainsi que  sa sensibilité politique aigue associé à son indépendance d’esprit .  

Parmi ses ouvrages les plus importants :

« L’Union européenne dans le temps long », 2008

« Le système politique de l’Union européenne », plusieurs éditions entre 2005 et 2015

« Les régimes politiques occidentaux »,  2006, 

« L’appareil administratif de l’État »,  1991

« L’alternance au pouvoir, clefs politiques », 2003

« La V République », 2000


Photo: Jean-Louis Quermonne, dans les années 1960. Université de Grenoble Alpes